Flâneries Photographiques de Marrakech à Safi
Le Maroc, terre de lumière vibrante et de contrastes saisissants, fut un lieu privilégié pour l’œil humaniste et poétique de Bruno Barbey. Ses photographies iconiques pour Magnum ont capturé l’âme d’une nation en pleine mutation, fixant sur la pellicule la dignité, la couleur et le mouvement de la vie quotidienne. Aujourd’hui, se munir d’un appareil photo dans les rues de Marrakech et Safi est un hommage direct à son héritage, une invitation à marcher dans ses pas pour saisir le pouls contemporain du Royaume.
À Marrakech, l’expérience est un vertige sensoriel. Les ruelles de la Médina, labyrinthe sans fin, offrent une densité visuelle inégalée. De la place Jemaa el-Fna, théâtre permanent où les conteurs et les charmeurs de serpents s’animent sous une lumière rasante, aux souks chatoyants où l’artisanat se mêle à l’ombre fraîche, chaque coin de rue est une composition potentielle. Le photographe doit y développer une patience et un respect absolu, cherchant non seulement la beauté esthétique, mais l’interaction humaine, le geste, le détail anodin qui raconte une histoire millénaire. Les jeux d’ombres et de lumière sur les murs ocres et les silhouettes en mouvement constituent une matière brute d’une richesse extraordinaire, rappelant la palette chromatique si chère à Barbey.
En contraste, Safi, ville océane et moins souvent photographiée, offre une atmosphère plus brute et maritime. Loin de la frénésie touristique de Marrakech, ses remparts face à l’Atlantique, son port grouillant d’activité et sa réputation de capitale de la poterie (le quartier des Potiers, ou Colline des Potiers) confèrent au reportage de rue une dimension différente. Ici, l’accent est mis sur les textures : l’écume, l’argile, le bois usé par le sel. Le portrait d’un pêcheur, le geste d’un artisan modelant la terre, les gammes de bleus et de blancs des bateaux : Safi exige un œil plus contemplatif et documentaire, centré sur la vie laborieuse et l’immensité de l’océan, un témoignage plus intime.
Que ce soit dans la rumeur étourdissante de la « Ville Rouge » ou face à l’horizon venteux de la cité portuaire, la leçon de Bruno Barbey demeure : la photographie de rue au Maroc n’est pas une simple capture d’images, c’est un acte de rencontre, un dialogue silencieux avec l’Autre, toujours empreint d’une grande bienveillance et de curiosité. C’est en cela que réside la véritable continuité de son œuvre.
